Bluesky mise sur le web social ouvert et pas seulement un autre jardin clos

Bluesky n’est plus seulement une alternative à Twitter : c’est une plateforme aux deux visages. Le premier, une appli sociale familière utilisée par des millions de personnes chaque jour. Le second, le protocole AT, un standard ouvert conçu pour permettre à tout développeur de construire des réseaux sociaux interopérables. Désormais, avec Toni Schneider à sa tête en tant que PDG permanent, l’entreprise doit concilier ces deux réalités : faire prospérer un écosystème applicatif dynamique tout en garantissant que le protocole sous-jacent reste un bien public.
Deux missions pour une même plateforme
La tension entre ces missions n’est pas théorique. Les utilisateurs de l’appli Bluesky privilégient souvent des fonctionnalités comme les fils d’actualité ou les outils de modération, tandis que les développeurs travaillant sur le protocole AT se concentrent sur l’interopérabilité et la décentralisation. Schneider, qui a précédemment dirigé Automattic (la société derrière WordPress), établit un parallèle avec le web des débuts. Il souligne que les réseaux sociaux actuels reproduisent la fragmentation des années 1990. Sa vision ? Une évolution sur dix ans vers un écosystème dynamique et interconnecté, où plusieurs services coexistent et rivalisent – et non pas une poignée de jardins clos dominés par un seul acteur.
Des revenus au-delà de la publicité
Interrogé sur la monétisation, Schneider rejette l’idée que la publicité soit la seule voie possible. Il évoque plutôt une approche diversifiée, pouvant inclure des fonctionnalités premium, des services pour entreprises, ou même des outils au niveau du protocole pour les développeurs. Cette réflexion s’inscrit dans un changement plus large de la façon dont les plateformes envisagent leur durabilité, d’autant plus que les contenus générés par IA inondent les fils d’actualité et que la confiance du public dans les réseaux centralisés s’effrite.
Plus qu’une simple bulle
Bluesky a longtemps été critiqué pour son apparente homogénéité politique, coincé entre les communautés progressistes et la domination de l’extrême droite sur X. Schneider reconnaît ce défi et le présente comme un équilibre à trouver entre ouverture et gouvernance responsable. L’objectif n’est pas d’exclure des voix, mais de créer un système où les utilisateurs – et les développeurs – peuvent établir leurs propres règles, sans hériter de celles imposées par d’autres.
Pourquoi est-ce important ?
L’enjeu dépasse largement une seule plateforme. Si Bluesky parvient à imposer le protocole AT comme un standard de fait, il pourrait redéfinir le fonctionnement des réseaux sociaux, transférant le pouvoir d’une poignée d’entreprises à un écosystème plus large. L’alternative – un paysage fragmenté d’applis de niche et de bruit généré par l’IA – risquerait de laisser les utilisateurs et les créateurs avec moins de choix et moins de contrôle. Pour que le web ouvert survive, des projets comme Bluesky ont besoin de plus que des utilisateurs : ils nécessitent un modèle durable qui aligne les incitations entre développeurs, entreprises et communautés. Les prochaines années montreront si cette vision peut survivre à l’engouement pour la décentralisation – et si les utilisateurs y attacheront suffisamment d’importance pour contribuer à sa construction.
Source : The Verge. Synthèse éditoriale assistée par IA — TechnoExpress.

